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Fragments-limaille


Un journal de fin de vie poignant offert par Sophie M. 
Des métaphores qui font écho. Christiane Singer qualifie son journal de "radeau de naufragée" p 117, de "projet de vie dans un temps qui m'a servi de réceptacle pour recueillir l'eau de source" p118, où "ce livre qui se prépare sera constitué de toutes ces bribes que je griffonne jour et nuit et qui s'organisent d'elles-mêmes comme limaille de fer sur champ magnétique." p 55
Une lecture de l'amour, de la maladie et de la mort dans une posture spirituelle. 
Tout magnifier sans lâcher le fil de la Merveille. p 22
Une présence au monde consciente, bras ouverts, sans négligence.
" Les vivants n'ont pas d'âge. Seuls les morts-vivants comptent les années et s'interrogent fébrilement sur les dates de naissance des voisins." p 28
" Amis, ne vous intéressez pas à ma maladie" vous la maintiendrez en état de solidité. Que seules ses métamorphoses soient accompagnées de votre amitié." p 32


Espèces d'espaces


Le livre débute par la carte de la Chasse au snark de Lewis Caroll, j'aime ce tissage dans mes lectures. 

De la page au lit, de l'immeuble à la rue , de la ville à l'univers.
Un regard et des pensées.

Lectures visuelles
"Déchiffrer un morceau de ville"  p102

- Un livre liste 
J'aime les listes pour unifier du divers, catégoriser, développer une pensée créative et libre. 

- Un livre poétique 
Comme des poèmes en prose, je pense à Francis Ponge et son savon qu'il développe dans toutes ses bulles. 

- Un livre fragments 
Des banalités, de l'intime, des définitions, des associations d'idées, des énumérations, des inventaires  des jeux de mots, des séries à règles p108, des jeux p 167
Ici pas de dissertations, ni d'argumentations, juste une pensée posée et ordonnée avec fantaisie 
et souvent des questions  
" Habiter une chambre, qu'est-ce que c'est ? " p50
" Comment penser le rien ? " p67
" Les gens dans les rues : d'où qu'ils viennent ? où qu'ils vont ? Qui qu'ils font ?" p104
" De temps en temps , pourtant, on devrait se demander où on (en)est, faire le point: pas seulement sur ces états d'âme ... mais plutôt par rapport à un lieu ... " p164
  
- Un livre souvenir
" L'espace ressuscité " qui fonctionne comme une madeleine proustienne p46
" les bombes du temps " p 109

- Un livre méditation 
Se fixer sur l'ordinaire, l'insignifiant, l'anodin, sur une chose, un lieu et se laisser vagabonder dans le choix du sujet.
Recherche de l'exotisme dans l'ordinaire p104
Se remémorer jusqu'à le revivre, dans l'attente des "plus grandes révélations" p49 
p43

- De belles épigraphes en tête de chapitres 
"J'écris pour me parcourir." Henri Michaux
"Lit= île" Michel Leiris
"Etant donné un mur, que se passe-t-il derrière ?"  Jean Tardieu 
" Les toits de Paris, couchés sur le dos, leurs petites pattes en l'air."  Raymond Queneau

- Des mots
Quelques mots savants et un répertoire, à la fin du livre, avant la table.
Nycthéméral :alternance jour et nuit 
Eocène : époque géologique, l’émergence des premiers mammifères modernes
Ectoplasmique : Émanation visible produite par un médium

Observer



J'ai aimé lire ces notes, particulièrement la dernière série autour des restaurants parisiens asiatiques. Ces billets ont aiguisé mon observation sur tous les invariants déco de ces espaces, jusqu'à la qualité des aquariums dans le paris asiatique. C'est drôle et intime dans l'observation. Ce livre pourrait être un blog, une collection, une série photos ... 

Retour à Weimar



"Oui, je suis une romantique comme l'a été notre république de Weimar ..." p 88 
Merci Geneviève pour le partage de ce petit livre qui chemine, qui laisse sa trace par surprise aux détours de mes pensées. Ce témoignage de Anne-Marie Hirsch, nomade, " allemande d'ailleurs " p102  me touche, m'avertit, me conseille, me questionne.
"Combien de séjours à Halle dans ma vie ? 
Séjours brefs, irréels ... affronter l'intolérable passage. "
Les visites aux parents en DDR-nasse sont très émouvantes. 
" Une école d'humour, d'ironie et d'imagination" p118, le romantisme allemand sauve l'auteure. Sa culture classique transmise par sa mère lui permet de garder distance, de re-garder la montée du nazisme avec une grande lucidité.
Ce livre est un très beau message sur la culture. La culture et l'amour qui permettent à Anne-Marie Hirsch d'échapper à la folie destructrice de l'époque.
Goethe, Schiller, Wieland, Heinrich Heine, E.T.A Hoffmann, Hölderlin, Thomas Mann, Franz Werfel, Bertolt Brecht, Erich Fromm, 
Beethoven, Bach, Johannes Brahms, Anton Bruckner, Gustav Mahler, Richard Strauss, Arnold Schönberg, Maurice Ravel, 
Gropius, Kandinsky, Klee, Feyninger ...
J'ai eu envie de chercher quelques portraits de ses artistes qui appellent à la liberté et à l'universalité de l'humain .... 
quelques images de lecture. 

Herbes folles

"Elizabeth et son jardin allemand"
Elizabeth Von Armin, 1898, 174 p

Merci Geneviève pour le prêt de ce texte qui m'a quelquefois amusée, quelquefois enchantée.
C'est le journal intime d'une comtesse ironique,impertinente, moqueuse qui va fuir les mondanités, le factice ,les conventions pour un jardin en Poméranie, une demeure en Prusse orientale.
Son choix de solitude émerveillée dans un jardin est une transgression du code du savoir-vivre, elle passe comme une excentrique dans son milieu.
Sa joie s'ébat dans les herbes folles, la prairie de graminées, les forêts de pins, l'ombre des acacias, la fierté des hêtres, la lumière argentée des bouleaux, le battement des ailes des corneilles, la douceur d'une plume de hibou.
Elle décrit un florilège de senteurs , de couleurs, de sensations. 
Quelquefois, elle s'adonne à la rêverie, la plupart du temps, elle jouit de sa liberté dans une fête des sens et un ravissement esthétique, en bonne compagnie avec elle-même, intérieure.
Je l'imagine femme-enfant, très svelte, aérienne, pleine de grâce. Femme-enfant parce qu'elle prend l'instant présent en entier, sa pensée est collée à ce qu'elle ressent, inondée de nature, de ciel, de soleil.
Seule, elle peut danser de joie dans son jardin.
Elle joue avec les graines, la terre , les roses thé, comme un enfant regarde et joue avec l'eau qui coule, un enfant qui tente des expériences, qui s'asperge par mégarde , qui rit d'être mouillé. 
Les autres l'intéressent peu.
Elle est enivrée par la verdure, absorbée par son bain sensoriel, portée par le cycle des saisons, le grand air, l'appel du dehors.
J'ai été saisie par les dernières pages qui évoque une hivernale promenade en traîneau avec un pique-nique au bord de la mer Baltique gelée. Elle raconte la couleur diamant du silence de givre, de glace et de neige.